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lundi 2 février 2015

Andina, Londres

On ne le dira jamais assez: Londres est une cité cosmopolite qui est probablement l’emblème de la ville européenne où le monde se donne rendez-vous. Cela se reflète naturellement en bien des aspects dont, à mon plus grand bonheur, celui de la cuisine. Depuis quelques temps, il semblerait que les londoniens aient une nouvelle tendance culinaire: ils raffolent de cuisine sud-américaine. Non, pas que des burritos, des tacos et du chili, non pas que du tex-mex, mais de la vraie cuisine de ce continent peu représentée dans nos adresses gourmandes régionales sinon (à ma connaissance) le Restaurant du Léman à Lutry qui mêle pinte vaudoise et cuisine péruvienne et où je me suis rendu il y a quelques années. Mais je m’égare.

Vous l'aurez compris, c'est à un voyage gustatif outre-atlantique que je me prépare, ce 30 décembre 2014. Une fois encore, je me suis laissé inspiré par mon ami de Hedofoodia dans le choix du Andina, précisément un restaurant péruvien, petit frère du restaurant Cevice sis dans les quartiers de Soho. Aux commandes, Martin Morales, cuisinier passionné et auteur de livre de cuisine au parcours tout à fait particulier, comme vous pourrez le lire dans le billet d'Hedofoodia.

Situé en plein quartier de Shoreditch dans une belle maison aux briques apparentes, Andina brille d'une lumière chaleureuse et l'intérieur, visiblement bondé, semble animé d'une belle ambiance. On entre et l'ambiance et confirmée: musique sud-américaine souvent modernisée nous accueille dans une salle de taille moyenne bondée de monde entourant des tables en bois brun toutes simples, dressées d'un set de table servant de menu. Au plafond, des lampes tressées d'osier dégagent une lueur chaude. Voyant les tables des occupants de la soirée, on peut faire un constat simple: ici, on vient pour manger une nourriture qui réchauffe les cœurs et boire un grand coup. Qu'on se rassure, c'est pas un tripot; c'est bruyant, c'est bon enfant, c'est entraînant, un côté « cantina » citadine très sympathique.






En face, un joli bar et surtout, à côté, une cuisine ouvert où officient à grande activité 4 cuisiniers. Derrière cette cuisine se trouve une autre salle encore, et il semblerait qu'au sous-sols également. Je ne saurais en dire plus, ne les ayant pas visitées. L'accueil est extrêmement chaleureux et le service très attentif et professionnel, presque à un niveau inattendu. En bonus, les serveurs sont vivants et plein d'humour et de répartie, promettant une soirée où le sentiment de solitude ne peut exister.

Seul justement, je suis installé face à la cuisine pour mon plus grand bonheur. On admire le ballet en cuisine qui ne souffre d'aucune faute d’organisation, on observe les expressions, les échanges en cuisine où la même vie joyeuse nourrit le travail.

 
On me porte les cartes, dont une de cocktails contenant une liste assez impressionnante de cocktails originaux et travaillés, offrant au public à découvrir le Pisco, une eau-de-vie typique dont le Chili et le Pérou se disputent la paternité. J'en ai pris un de la série d'ailleurs, un « Pink Pisco sour » avec de l'Estelado sparkling rose (un mousseux rosé), du Pisco de raisin Quebranta, lime, blanc d’œuf et Peychaud's Bitters. Un cocktail étonnant, d'une texture légère et d'un goût frais, fruité avec une jolie amertume.


A côté de ces cocktails, un joli choix de vins sud américains, dont un bon nombre sont de culture biodynamique, servis par grosses doses de 175ml ou 250ml (contrairement aux habituels 125ml), le tout à des prix raisonnables, des jus de fruits et des smoothies.

Une belle carte de mets qui promet de faire suer lorsqu'il s'agit de faire un choix. Six grandes familles se démarquent: le fingerfood apéritif, les ceviche, des mets classiques et emblématiques,
la street food, les grillades et les salades et accompagnements. Tout a l'air absolument délicieux, fleure l'authenticité et le savoir-faire mais avec également en certains points de la créativité, particulièrement visible dans les ceviche qui jouent avec les variations de saveurs. Beaucoup de produits traditionnels sont utilisés. Manifestement il s'agit de portions raisonnables car il est recommandé de choisir trois plats par personne pour un repas normal.

On notera la mention sur la carte de la possibilité de prendre le brunch ou encore le lunch en semaine à 9£ ce qui semble être une bonne affaire.

Trêve de bavardages, je choisis trois plats de trois types différents et apprécie le spectacle du cheminement de ma commande jusqu'aux cuisines. Le chef annonce la commande, et tout le monde acquiesce, sachant pertinemment ce qu'il a à faire.

Les plats arrivent dès qu'ils sont prêts, et on les déguste à son rythme.

Dans la carte des ceviche, j'ai choisi le Stone bass & Fig Tiradito ». J'avais dit ceviche ? Le tiradito est un cousin que l'on pourrait qualifier de plus « gourmand » que le ceviche qui est un peu plus sophistiqué. Il se prépare traditionnellement avec du poisson cru qui s'allie à une sauce onctueuse d'un jaune éclatant à base de piment jaune, citron vert, herbes et épices. Ici la sauce sera parfumée à la figue, grenade et « yuzu tiger's milk » (un nom désignant généralement une marinade au citron vert, sel et piment. L'agrume étant ici le yuzu). Le stone bass, aussi appelé wreckfish en anglais désigne un poisson assez méconnu (que je n'avais d'ailleurs jamais goûté), le cernier commun. Ce dernier a une chair blanche, très délicate, de saveur fraîche et goûtue. Ce qui n'enlève rien au plaisir, c'est qu'il provient d'un élevage durable.
Et en bouche dans tout ça ? Ça explose de saveurs, de la douceur, du fruité, de l'acide, du piquant, du frais, c'est un plat aussi coloré que plein de relief qui m'a donné énormément de plaisir !


Côté grillade, j'ai pris les brochettes de baudroie, précisée provenant d'un élevage durable de Cornouailles, mariné dans du vin blanc, cumin, et piment rocoto, un piment typique du Pérou pouvant prétendre à un honorable 100'000 sur l'échelle de Scoville pour qui serait sensible (ici dosé avec une grande sagesse). Deux brochettes, juste passées à la plancha, me sont servies sur un lit de quinoa parfait, de la salicorne et une rondelle de citron. Le poisson est juste magnifique, la chair respectée, moelleuses à cœur, et des saveurs très variées, c'est une très belle réussite.


Côté « sides », j'ai choisi une salade aux quinoas rouges et blancs, avocat et concombre, d'une grande fraîcheur avec beaucoup de gourmandise, augmentée de quelques haricots blancs et pataugeant dans une sauce d'un beau rouge aux saveurs fruitée et acide tout à fait intéressante, une très belle salade.


Avec ce repas, une grosse portion (250ml dans un verre quant même) d'un vin rouge chilien, un mono-cépage de Syrah: « Terra Andina Reserva », 2011, des caves du même nom qui s'est avéré d'un bon rapport qualité-prix-plaisir avec des saveurs assez concentrées de fruits rouges et des notes de caramel. La seule chose que l'on aurait pu lui reprocher est d'être servi un peu chaud. A côté de cela, j'ai été régulièrement servi d'eau à la carafe sans-même que j'aie à le demander.

Sur recommandation du serveur, je me laisse tenter par une spécialité toute particulière, les « Picarones Doughnuts », un beignet à bas de courge et patate douce très riche en saveur, mais pas autrement lourd malgré les apparences, servi avec un étonnant sirop de maïs violet (l'une des innombrables variétés primitives de maïs cultivées depuis des millénaires en Amérique du Sud, considéré comme un aliment santé), développant des saveurs presque acidulées assez intéressantes et un gourmand « chocolate fudge » pour se rappeler du continent dans lequel on se trouve (toute une culture, le fudge, dans les pays anglo-saxons).


Même avec tout cela, l'addition reste raisonnable: 44.44 £.

Que dire ? Pour passer une soirée animée, drôle, musicale, humaine, de découvertes et de gourmandise, l'Andina semble bien choisi avec sa cuisine ouverte, son équipe aux petits soins tout en restant décontractés, ses mets différents et délicieux dans un cadre ultra chaleureux ! En gros, pourquoi s'en priver ?

1 Redchurch Street
London E2
Royaume-Uni

mercredi 14 janvier 2015

The Modern Pantry, Londres

 
Après deux repas « découverte du monde », je désirais ce soir du 28 décembre 2014 explorer une cuisine dont on entend beaucoup parler et qui offre d'autres formes de découverte, la cuisine que l'on appellerait « fusion ». Une façon de faire qui est relativement à la mode et que, personnellement, j'apprécie généralement. Les recettes se trouvant sur ce blog montrent bien que mes propres repas domestiques serait plutôt dans cette tendance qui mêle produits, saveurs et textures.
C'est généralement une cuisine que les puristes n'aimeront pas. Elle sera en parallèle régulièrement victime de son succès, devenant un peu confuse, déséquilibrée en saveur ou aux accords peu heureuse.

Je n'ai toutefois aucune crainte en réservant au « The Modern Pantry ». La cuisine de Anna Hansen réjouit les papilles tant de chroniqueurs gourmands de monde professionnel, de guides et de critiques que d'amateurs éclairés et habitués aux belles tables à travers le monde. Je recommande d'ailleurs vivement la lecture du billet d'Hedofoodia à ce propos, qui est des plus éloquent. Un dimanche soir, c'est une chance qu'une telle table soit ouverte.

Sis St-John Square, près de Clerkenwell Road, le restaurant jouit d'une situation bien centrée dans un très joli quartier où bâtisses géorgiennes côtoient quelques bâtiments modernes, occupant deux beaux qui furent en leur temps une fonderie d'acier et une mairie.


Le restaurant s'établit sur deux étages. En haut, un style élégant et épuré, lumineux offrant sans doute de jour une jolie vue sur le quartier. Au niveau du sol, un espace moderne. A l'entrée, au coin, un joli bar boisé et dans la salle aux lumières tamisées, de nombreuses tables carrées blanches s’alignent sous des lampes cuivrées, banquettes de cuir brun contre les parois blanche ou bleu clair. En bout de salle, on peut apprécier l'ouverture sur la cuisine offrant une vue de l'activité intense s'y trouvant. En toile de fond, une musique très variée mais avec des dominantes swing et quelques incursions disco.




Je suis accueilli par un serveur aux allures décontractées, grand sourire, mettant immédiatement à l'aise. Il m'installe à ma table qui n'attend que moi et me porte la carte des mets et celle des boissons.

Je commencerai par un cocktail, la création du jour, le « Reina Zita » composé de gin « Fifty Pounds », liqueur de mûre, ginger ale et sirop d'ajowan, un improbable sirop issu de cette graine indienne, un peu semblable au carvi et aux saveurs rappelant le thym. Un cocktail d'une couleur intense et aux saveurs amères, fraîches et équilibrées, absolument pas commun et très intéressant. On me sert d'office de l'eau en carafe, ce que j'apprécie.


En attendant, on consulte une carte, courte, qui promet toutefois d'y laisser quelques cheveux lorsqu'il s'agit de faire un choix. La carte est datée, promettant une cuisine fraîche, évoluant au quotidien, selon marché, humeur, envies et inspirations. Des intitulés qui ébouriffent et vont bien au-delà des sentiers communément empruntés, aux inspirations tantôt méditerranéennes, tantôt asiatiques, tantôt sud-américaines, c'est déroutant et tellement appétissant et il y a presque à chaque intitulé au moins un ingrédient plus méconnu ou particulièrement étonnant.
Les vins sont également très bien choisis, faisant part belle aux vins bio et biodynamiques, à prix plutôt doux.
 
Je commencerai par un carpaccio de poulpe, cuit lentement, parfumé à l'anis, lamelles de chou-rave, câpres grillés et graines d'anis torréfiées. L'assiette est très élégante, un poulpe moelleux et goûteux, tranché assez épais, tiède, offrant un joli contraste avec le piquant-croquant du chou-rave cru. Les câpres grillés apportent des saveurs chaudes et acidulées et les graines un je ne sais quoi qui complète parfaitement ce plat arrosé d'une huile d'olive de très belle qualité. Une superbe entrée.


Je poursuis avec le mulet poêlé parfumé à la feuille de kaffir, betteraves rôties, laska au crabe et pomme, slaw de fenouil et grenade. M'arrive à nouveau une assiette très bien dressée. Le laska est une forme de curry d'inspiration malaise-indonésienne, ici retravaillée avec du crabe et de la pomme, le rendant savoureux, doux, avec une note iodée très à propos, une création gourmande et riche en saveurs servant de toile de fond au plat. Puis se superposent un mélange de betteraves jaune et rouge, grossièrement tranchées et parfaitement rôties. Au-dessus, un tronçon de poisson délicat parfaitement cuit, d'une grande fraîcheur, un très beau produit. Enfin, si l'on parle souvent de « colslaw », cette salade de chou anglo-saxone blindée de mayo, elle prend des allures délicates et raffinée de fines tranches de fenouil, augmenté de carottes, julienne de pommes et graines de grenades, c'est d'une grande fraîcheur.
Cela paraît sans doute fruste à décrire, mais les saveurs vont diablement bien ensemble pour faire un plat d'un très grand niveau, excitant les papilles, offrant gourmandise, croquant, iodé, doux.


J'ai profité d'un vin élevé en biodynamie avec ce plat, un Chardonnay « Le Casse-Noix » du Languedoc, 2013 offrant du fruit tout en fraîcheur, parfait équilibre entre des saveurs d'agrumes et des notes douces miellées.

Les desserts sont tout aussi fous et difficiles à choisir. Je céderai à la tarte à la courge, gingerbread, crème au citron calamansi, lime iranienne, graines de courges mélasse de courge, grué de cacao au piment. Oui ! Tout ça ! Et fichtre, c'est diaboliquement bon. Une masse délicieuse à la courge, des notes de sel et au franc goût de courge, montée sur du gingerbread croquant de belle qualité, un travail très raffiné avec cette crème aux agrumes d'une grande légèreté surmonte cela. Autour, des graines de courges torréfiées s'étalent sur une petite lichette de mélasse riche en saveurs, très « brute », surmontée de ce grué piquant-croquant-caramélisé. Magnifique !


Avec cela, un Moscati d'Asti « Bricco Quaglia » de la maison « La Spinetta », provenant du Piémont, 2013 tout à fait magnifique, un dessert à lui tout seul.

On l'aura remarqué, j'ai un peu abusé ce soir, et cela se remarque sur l'addition qui s'élèvera à 75.93£.

Mais que cela en valait la peine de découvrir ce lieu unique, atypique, cette cuisine folle, créative et exécutée à la perfection, cette équipe humaine et sympathique. Un lieu à découvrir !

The Modern Pantry
47-48 St John’s Square
Clerkenwell, London, EC1V 4JJ
Grande-Bretagne

mardi 21 octobre 2014

Lokanta Maya, Istanbul

Lokanta Maya fait sensation à Istanbul. Ouvert en 2010, ce restaurant à vite fait parler de lui pour sa cuisine fraîche, raffinée et son menu changeant quotidiennement. La cheffe Didem Şenol Tiryakioğlu, possédant déjà un solide palmarès a réussi son coup : nommée meilleure chef à Istanbul en 2010 d'après le magazine Time Out Istanbul, son restaurant de désemplit pas matin et soir et il est sérieusement recommandé de s'y prendre à l'avance pour réserver. Tout le monde s'entend, sur internet comme dans les guides, sur la qualité du lieu.

C'est donc de Suisse que j'ai réservé ma place pour cette soirée du 29 septembre 2014. Situé exactement à côté de l'établissement de la veille, dans ces quartiers de débarcadères, à l'orée de la ville moderne, proche du pont Galata, le lieu n'en est pas moins extrêmement différent. L'extérieur est raffiné, aux allures classiques. Les fenêtres laissent filtrer une lumière chaude et tamisée et engage à entrer.


L'intérieur est d'une grande originalité ; sur la paroi droite, des grillages retenant une quantité difficilement estimable de noix, à gauche, une étagère de bois clair mettant en valeur vaisselle de collection et livres de cuisine écrits par la cheffe. Un joli bar tout bordé de belles bouteilles de vin et sur le côté, une bibliothèque avec des livres arrangés de façon élégamment négligée. Les tables enfin sont dressées avec goût, raffiné et épuré.





Nous sommes accueillis à l'entrée, menés à notre table et immédiatement abreuvés. Ici, on a le choix entre eau gazeuse et plate. Ce sera gazeuse.

La carte du jour nous est présentée, datée ; elle propose les inspirations du jour du chef en anglais, résumées sur une page contenant 15 entrées et 7 plats. Un petit choix qui offrira de quoi satisfaire toutes les envies : légumes, soupe, salade, viande, poisson, fruits de mer, abats, la carte sent le frais, la saison, le marché le matin et est réjouissante. Les mets sont très clairement inspirés de la tradition turque mais retravaillés, modernisés leur donnant un quelque chose de plus assez fascinant comme nous pourrons le goûter.

La carte des vins n'a pas à rougir, proposant une belle sélection de vins du pays. Nous prendrons d'ailleurs le vin qui fut probablement le meilleur de notre séjour, un Ventus Premium 2013 de la maison Sensus à Manisa, 2013, un vin jeune, sur des cépages de Cabernet Sauvignon, Merlot, Cabernet Franc, Pinot Noir et Petit Verdot. Un vin structuré, assez complexe, riche en fruit et en épices qui nous a enchanté et a parfaitement accompagné le repas que je m'en vais raconter.


Pour commencer, un excellent pain nous est apporté : tranchant avec l'habituel pain mi-blanc : une pâte plus complète, ensemencée au levain, riche en saveur.


Pour patienter, on nous a apporté un joli amuse-bouche composé d'un fromage frais excellent arrosé d'une bonne huile d'olive et d'une pâte rouge intense au goût poivré.


Un convive a pris en entrée une salade de légumes parfumées à la grenage et herbes : fraîche et colorée, garnie de feuilles de laitue, lentilles, fromage de type feta, grains de grenade et blé, elle a beaucoup plu.


Un second à pris les calamar grillés et salade d'herbes. Les calmars sont parfaitement grillés, fins et moelleux, accompagnés d'une salade de pourpier finement assaisonnée, parfait.


Pour ma part, j'ai choisi le « cake de poisson », pomme verte et rémoulade de céleri. Très jolie préparation de poisson émietté parfumé finement à la pomme, herbes, dans une fine chapelure croustillante, surmontée d'une salade de céleri sauce rémoulade très fraîche, le tout couronné de pourpier. C'était moelleux, riche en saveurs et gourmand !


Passons aux plats ! Une personne à choisi le loup caramélisé, bettes sautées et figues. Parfaitement cuit, moelleux (les restaurant turcs ayant la tendance à sur-cuire les poissons), le poisson est de très belle qualité et la peau est croustillante, caramélisée. Très belle préparation accompagnée d'excellentes bettes juste légèrement sautées et de figues caramélisées. C'est tout à fait excellent.


Une personne a plutôt été tenté par la souri d'agneau grillée, boulghour fumé au légumes. Une souri d'agneau fondante comme il se doit, très riche en bouche mais ingénieusement rafraîchie de zeste de citron, une viande de première qualité, sur un piédestal de boulgour légèrement fumé augmenté de pois chiches, oignons et carottes, une très belle assiette.


Pour ma part, j'ai cédé à la dorade fumée, tabouleh à l'amande et betterave : absolument splendide, le poisson parfaitement cuit, richement fumé et plein de saveurs, accompagné d'un tabouleh excellent où se mêlent le sucré et la fraîcheur de la betterave et le croquant gourmand de l'amande. Très belle réalisation.


En voyant et goûtant ces plats, j'ai trouvé extrêmement intéressant la façon dont la cheffe retourne totalement les saveurs habituelles accompagnant les produits : en effet, les goûts fumés et caramélisés vont plus facilement se retrouver avec la viande tandis que le citron est plus fréquemment employé sur le poisson. Et le résultat est là !

Impossible de ne pas prendre de dessert. 5 propositions, toutes aussi créatives et appétissantes que les plats, suffisent à rendre le choix cornélien.

A la table, une purée de courge à la mélasse tout à fait délicieuse, accompagnée d'une glace au mastic très bien réalisée.


Une mousse au chocolat aux piments très sombre et riche en chocolat, avec un bel équilibre de piment qui émerveillera les amoureux de chocolat au piment, augmentée d'une boule de glace cannelle. Un dessert excellent.


Pour ma part, j'ai à nouveau, comme la veille, pris un pudding au mastic. Parfaitement réalisé, très riche en saveur de mastic, augmenté d'une sauce à la pêche gourmande et d'une boule de glace vanille.


Le tout nous est revenu à 360 TL.

Ce repas fut une merveille qui m'a prouvé (quoique je n'en doutais pas) à quel point ce lieu est un « to do » sur les chemins gourmands d'Istanbul. Qui plus est, le cadre est assez exceptionnel et le service est serviable, discret, de bon conseil et très professionnel. N'hésitez pas à jeter un œil sur l'expérience d'Hedofoodia sur ce lieu !


Kemankeş Caddesİ 35 a Karaköy
34425 Beyoğlu, İstanbul
Région de Marmara, Turquie



samedi 18 octobre 2014

Güney, Istanbul

 
Deuxième jour à Istanbul, et deuxième jour, malheureusement, où je n'ai pu réserver de resto en avance (heureusement, c'est le dernier du séjour dans ce cas).

Ce 27 septembre 2014, même scénario que la veille : pluie battante, bons restos tous complets, connexion internet un peu pourrie, du coup, on consulte les derniers restos pas sélectionnés lors de ma revue dans le Lonely Planet, au p'tit bonheur la chance. Du coup, pour au moins passer une soirée dans un cadre joli, ce fut dans un resto au pied de la tour Galata, le Galata Güney Restaurant, que nous nous sommes retrouvés.

Charmant coin très bien placé sur la place entourant l'imposante tour, le restaurant est précédé d'une terrasse parfaitement chauffée sur laquelle nous dînerons. L'intérieur est joli, lumières tamisées, papier-peint imitant la pierre, quelques tableaux, cuisine ouverte, le lieu est d’apparence agréable. 


Il est surpeuplé. On entend parler certes turques, mais également anglais, espagnol, chinois, français et bien d'autres. La carte que l'on nous apporte confirme les doutes que l'on pouvait avoir, on est sur de la cuisine internationale trendy d'jeuns qui balance la tradition aux oubliettes pour faire du burger, des wraps, des pâtes, des pizza... L'honneur est sauf, il y a un peu de turc dans tout cela. Le lieu répond sans doute aux désirs d'une clientèle jeune qui veut changer un peu de ses habitudes sans avoir à foncer au McDo. On prie pour qu'au moins il y ait du boulot en cuisine.

Notons que le lieu semble fort fréquenter pour boire un verre : beaucoup de cocktails à la carte, alcools et vins semblent attirer du monde dans le coin. Accompagnera d'ailleurs notre repas une bouteille de vin de la maison Doluca, DLC Cabernet Sauvignon – Merlot 2012, un vin correct, plutôt fruité et de prime abord agréable mais avec un vague retour un peu amer qui ne m'a pas transcendé mais dont la petite soeur sera demandée. Avec cela, eau plate, gazeuse et coca zéro (...).


Je suis le seul à avoir pris une entrée. J'ai testé les « sarma », les feuilles de vignes farcies. Celles-ci étaient tout en simplicité, farcies de riz rond, oignons, persil plat et menthe séchée. Le goût était bon quoique le riz était un peu pâteux car trop cuit. Le tout était servi avec une huile d'olive dans laquelle macérait de l'olive noire, tomate séchée, quelques herbes.


Côté plats, deux personnes ont pris une préparation un peu particulière qui, dans la conception, m'a sensiblement rappeler les « crevettes watkins » que j'avais mangé au Zhiwei. Sur un lit de frites allumettes arrosées de sauce mayo-yaourt (hum), un filet d'agneau grillé puis émincé trône entouré de quelques poivrons grillé. Si à coup sûr, les frites molasses, les convives ont trouvé la viande bonne et bien assaisonnées.


Une personne a pris... ...
...
une pizza. Et quelle pizza ! Tomate, mozzarella, sucuk (prononcer « soudjouk », une sorte de saucisse turque), maïs, olives, poivrons. Elle a plu, c'est l'essentiel.


Je pense pour ma part avoir limité les dégâts avec le loup grillé, servi simplement avec roquette, oignon, rondelles de tomates et quartier de citron. Si l'aspect de la peau carbonisée du loup m'a un peu fait redouter le pire, la chair n'était pas sèche et avait gardé de son moelleux. Au final, c'était bien.


J'avais envie de finir sur des fruits du coup commande un plateau. Sachant la qualité des fruits en Turquie, quelle tristesse de trouver dans mon assiette : pomme, poire, pêche, kiwi, orange, joliment et finement tranchées qui auraient sans doute été délicieux si tant est qu'ils soient juste mur : tout était dur et acide, sauf le raisin qui était bon et mûr. 


On finit le repas avec deux cafés et un Sahlep, une boisson à base de farine d'orchis (sorte d'orchidée), lait et cannelle qui est très bonne.

Pour tout cela, nous en avons eu pour environ 350 TL.

Le personnel est plutôt sympathique, rapide et pro. Le lieu est joli et sympa, mais assurément j'y viendrai plus volontiers boire un cocktail que manger. Heureusement dans ces cas-là que l'on est bien accompagné:-) et que l'on sait que les jours prochains, on ira dans des restos réputés et réservés !

Kuledibi Şah Kapısı No:6 Galata
Beyoğlu, Istanbul
Région de Marmara, Turquie

lundi 22 septembre 2014

[Archive Turquie 2013] Kadı Nimet Balıkçılık, Istanbul


Quelle est la logique de choisir une oie en guise de mascotte pour un restaurant et marchand de poisson ? Cette question, je me la suis posée pendant tout mon repas du 12 juillet 2013 savouré au Kadı Nimet Balıkçılık.

Ce restaurant est établi dans les quartiers de Kadiköy, sur la rive orientale du Bosphore. Il s'agit d' un quartier très vivant et populaire que j'affectionne beaucoup entre les embarcadère ultras fréquentés et les petits rues marchandes surpeuplées dans lesquelles on appréciera se perdre, boire un café dans l'une des nombreuses enseignes spécialisées et apprécier enfin un bon repas à une table appréciée des locaux.

Me voilà donc au Kadı Nimet Balıkçılık. On découvre un petit restaurant au croisement de deux rues, une cuisine ouverte sur l'extérieur, des petites tables longeant la façade en guise de terrasse établie sur une rue assez fine et correctement en pente. L'intérieur, absolument bondé, présente une petite salle remplie de petites tables noires dénudées, aux murs quasi invisibles tant ils sont recouverts de photographies presque exclusivement d'Atatürk. Au fond, un bar étriqué coupé en deux présente en une de ses moitié un beau choix de mezzés frais et colorés.






Droit devant l'établissement, un étal de poisson présente la pêche du jour vendue aux passants, étal que les clients consultent pour choisir leur poisson. A côté, un chariot réfrigéré présente une sélection des mezzés proposés par la maison, tous exclusivement travaillés à base de poisson.


Car oui, l'enseigne ne travaille que la poisson, sinon quelques salades, et le présente dans toute sa splendeur. Accueilli avec beaucoup de chaleur malgré l'empressement, la foule et la fatigue certaine, une table m'est montée en terrasse et du pain blanc très correct m'est porté, accompagné de la carte. Le poisson est absolument partout ! Un choix beaucoup plus large de poissons grillés que la plupart des restaurants (comme le turbot, l'espadon, de corail, les crevettes fraîches la carpe ou l'ombre, pour n'en citer que quelques uns) sont proposés à la pièce, juste grillés ou frits et vendus au poids au prix du jour.
Mais le plus impressionnant reste le choix de mezzés qui présente une déclinaison exclusivement autour du poisson inimaginable, où tout est travaillé de toutes les manières possibles, avec biens mises en valeur, des spécialités et créations propres au lieu. Ceci est complété par quatre salade (le seul moyen de ne pas avoir du poisson dans l'assiette) et un très joli choix de vins bien présentés et de rakı de divers productions.



Absolument TOUT me tente, mais impossible de tout goûter sans finir ruiné et à l'hôpital. Je commande à mon serveur trois mezzés appartenant aux spécialités, qui étaient indisponibles en demi-portion mais que je voulais absolument. Au moment où j'ai désiré commander un poisson grillé, mon serveur m'a aimablement conseillé de déjà manger ce que j'avais commandé, ce qui sera au final une heureuse recommandation car les portions sont énormes.


Mon choix s'est donc porté sur :

des « Deniz mahsüllü pazı sarma » : il s'agit de feuilles de chou tendres farcies d'un mélange de poissons et crustacés moelleux et goûteux, le tout nappé d'une sauce crémeuse et légère, respectant parfaitement les saveurs du plat. 

 

Puis j'ai choisi la « Karides Güveç » , une cassolette de petites crevettes fraîches mijotée dans une sauce tomate admirablement épicée, peu salée, une note de piment et des morceaux de poivron et de champignon, le tout nappé d'un fromage assez léger en goût, un peu comme du cheddar dirais-je mais c'est difficile à établir. C'est tout simplement excellent.


Enfin ce sera les « Kokoreç ». Ce mot qui deviendra vite familier en se promenant en ville, désigne traditionnellement un mélange de tripailles d'agneau, la plupart du temps roulées autour d'une broche et braisées. Ici c'est la même chose, mais avec du poisson : un plat de tripailles donc, de bar et de poulpe, nettoyées avec précision et grillées parfaitement, et dont l'assaisonnement est à se damner : tomate, poivrons, piments et autres épices, et surtout du thym sauvage parfumant magnifiquement ce plat qu'il faudrait goûter avant de savoir ce que c'est.


Cela avec une salade tout à fait parfaite de concombres, oignons, tomates et persil plat, la prophétie s'est accomplie et je suis purement et simplement plein tant les portions sont généreuses !


En boissons, deux eaux plates, deux gazeuses et je suis un homme comblé pour un prix doux, 48.50 TL.

J'ai passé une superbe soirée dans ce restaurant particulier qui est très clairement un coup de coeur, entouré d'un service charmant et efficace. Ne manquez pas ce lieu et, qui sait, peut-être m'y verrez-vous !

Kadı Nimet Balıkçılık
Tarihi Balıkçılar Çarşısı
Caferağa Mah. Serasker Cad. No:10/A
Kadıköy,  İstanbul
Région de Marmara, Turquie