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jeudi 23 octobre 2014

Asitane, Istanbul


 
L'an passé, je suis allé seul au restaurant Asitane et en suis sorti enchanté, comme vous pouvez le voir dans le billet que je lui ai dédié. Impossible de ne pas y mené mes co-voyageurs, ce 30 septembre 2014.

Sis dans des quartiers passablement excentré, il faudra prendre le bus et traverser la ville vers l'ouest pour s'y rendre. Des vieux quartiers, plutôt pauvres, mais néanmoins calmes et agréables et possédant un certain nombres de beaux rendez-vous touristiques.

N'ayant pas autrement changé, je passerai sur la description des lieux que vous pourrez dans l'autre article dédié à ce lieu. Je reproduirai toutefois quelques photos prises cette année, offrant une vue de jour de la terrasse sur laquelle nous nous installerons.







Nous sommes très vite pris en charge et placés sur cette jolie terrasse. Le fond de l'air n'étant pas si chaud que cela, les chaises sont équipées de couvertures dont pourront se revêtir les clients.

Nous buvons l'apéritif en consultant la carte. On la découvre toute composée de mets impériaux, nous faisant voyager de 1453 à 1918 à travers les produits, les épices, les saveurs. En effet, pour rappel, les chefs d'Asitane ont fait des années de recherches sur les cuisine des palais de Topkapı, Edirne et Dolmabahçe, à la recherche des mets qui régalaient les sultans et leurs invités.

Nous recevons très vite deux pains différents d'une très grande qualité, deux petits ballons, d'un plutôt à la cannelle et au sésame, l'autre à la cannelle augmenté de grains d'anis.


Ils se marient très bien avec ce petit concassé de pois chiche épicé et cette huile d'olive herbeuse de très belle qualité.


Deux gourmands prendront deux entrées, tandis que les deux autres convives se contenteront d'une seule.

A la table, deux « Toyga Aşi  », soupe de yaourt au boulghour et pois chiches, une recette du XIVe siècle, servie froide. Gourmande et fraîche, le boulgour assez grossier de même que les pois chiches donnent saveur et mâche. Les épices sont délicates, poivre, un peu de cumin notamment, et le tout est enfin arrosé d'une huile d'olive parfumée à la menthe. C'est excellent.


Une personne a pris une soupe d'amande douce, la « Badem Çorbası », selon une recette de 1539 que j'avais goûtée l'année passée. Toujours aussi délicieuse, tout en douceur et rondeur, elle est assez nourrissante, parfumée de muscade et grenade.


En deuxième entrée, un convive prendra les « Asitane Lokmalari  », un assortiment de quatre préparations présentées comme « Fiertés d'Asitane ». J'avais dégusté l'an passé ce plat délicieux composé d'un « Humus lokması », recette de 1469 présentant une pâte de pois chiche aux épices, pignons de pin et cannelle d'une gourmandise folle,
un « Lor Mahlutu », préparation de fromage frais un peu granuleux aux échalottes, persil, poivre vert, tomate, assaisonnée au romarin et paprika, recette de 1898 excellente
une « Fave », préparation de fèves mixées assaisonnée d'aneth et huile d'olive agréablement herbeuse en bouche
une « Dövme Hiyar Salatasi », recette de 1844, une salade de concombre au yaourt augmenté d'oignon et de pistaches, un ajout qui twist bien !
Le convive était heureux. Il est vrai que s'il on peut reprocher quelque chose à cette entrée, c'est d'être hyper nourrissante.


Un « Gömlek Kebabı » (1764), une préparation de viande hachée d'agneau et de boeuf parfumé à la coriandre, cumin, pignons, enrobé de crépine et cuit à l'huile d'olive. Moelleux, riche en saveur et gourmand, ces préparations sont présentées sur une excellente salade d'oignon rouge avec quelques feuilles de roka parsemée de graines de grenade. Cette entrée à beaucoup plu à l'intéressé.


Pour ma part, je serai plus intéressé par le « Vişneli yaprak sarması  », recette de 1844 présentant des feuilles de vignes farcies de cerises de type griottes, riz, oignon, pignon de pin, tout cela assaisonné d'huile d'olive, poivre noir et cannelle. Association très intéressante et heureuse, la douceur acidulée de la griotte se marie parfaitement bien avec la gourmandise de la feuille de vigne farcie.


Passons aux plats ! Une personne prendra le « Mahmudiyye », goûté d'an passé, recette de 1539. Il s'agit d'un poulet cuit à l'étouffée avec des abricots secs, raisins sec Rezaki, des amandes, le tout parfumé de cannelle et de clous de girofle. C'est toujours aussi savoureux et a beaucoup plu à la concernée.


A nouveau une souri d'agneau à table, ce soir, avec le « Yufkada Kuzu İncik Beğendili », recette de 1844 où elle est présentée sur une purée d'aubergine, le tout dans un « bol » croustillant. Très parfumé, la viande est parfaite et nappée d'une épaisse sauce de viande aux saveurs de muscade et de cannelle, un bonheur.


Un troisième convive prendra le « Kırma Tavuk Kebabı » (1764), deux fines tranche de poulet parfaitement grillé servi avec des oignons rouges sautés au vinaigre et du chou rouge en pickels. Un plat plus léger, sans doute plus simple, sans être moins bon.


Pour ma part, cette fois, j'ai été très tenté par l'improbable « Kavun dolması » (1539), un melon de la taille d'un gros grapefruit farci et cuit au four. De chair jaune, devenue fondante, plutôt douce en saveur, elle est farcie d'une mémorable préparation de viande très finement émincée (essentiellement de l'agneau), du riz, des pignons de pin, des amandes, des épices (allspice, cannelle,poivre noir...) et des petit cassis séchés. C'est d'une gourmandise exquise et si original. Les sultans savaient vivre !


Pour le dessert, autant dire que plus personne n'avait faim, ni même n'était en capacité d'ingérer la moindre chose, aussi nous avons renoncé au dessert. Le serveur nous a toutefois offert à nous partager un « Südlü Zerde », un joli pudding au lait, avec un peu de riz sur le fond parfumé au safran et au miel. Même si nous nous sommes un peu forcés, le geste était très sympathique et le dessert était d'une grande finesse et pas lourd du tout.


Côté boissons, nous avons pris d'abord un rosé du pays, « Isinda Roze », du producteur Likya, 2011, produit à partir d'un cépage indigène nommé kalecik karası qui a accompagné notre apéritif et les entrées. Un rosé de couleur franche, très frais et un rien effervescent, qui, en bouche, est plutôt bon, simple, assez proche d'un rosé de pinot noir.


Pour le rouge, ce fut un « Château Kalpak » 2010, produit par la maison éponyme, sur des cépages de kalecik karası et de merlot, un vin franc, assez corpulent et boisé tout en exprimant des notes de fruit, il est joliment structuré et nous a offert beaucoup de plaisir.


Le service est toujours aussi serviable et efficace. Qui plus est, au moment de nous apporter l'addition (525 TL) nous nous sommes vus offrir une confiture de prune de la maison... mais l'auteur de ce blog, distrait qu'il est, l'a laissée par mégarde dans son bagage à main... aussi elle est restée à l'aéroport -_-''

Autant dire qu'Asitane est un lieu qui mérite d'être découvert. Certes dans un quartier éloigné et pas forcément très accueillant de prime abord, mais néanmoins riche en histoire avec à ses côtés probablement l'une des plus belles église byzantine qu'il soit, Saint Sauveur in-Chora, ainsi que des anciennes murailles romaines de la cité et le palais de Constantin Porphyrogénète, dont je vous mets, ci-dessous, quelques images en bonus.

Kariye Camii Sokak No:6
34240 Edirnekapı / Istanbul
Région de Marmara, Turquie


Mosaïque murale à Saint Sauveur in Chora

Peinture au plafond de Saint Sauveur in Chora

Autre peinture au plafond de Saint Sauveur in Chora

Façade du palais de Constantin Porphyrogénète

Les murs théodosiens

lundi 22 septembre 2014

[Archive Turquie 2013] Asitane, Istanbul


Si certains chefs s'essaient à une cuisine moderne et fusion, d'autres vont plutôt tenter de nous offrir à goûter ce qu'était l'authentique cuisine ottomane.
Si Asitane entre dans cette seconde catégorie, l'établissement va même plus loin : les chefs ont tenté un travail d'archive en se plongeant dans les registres palatiaux des cuisines des sultans, antiques livres de cuisine ou relevés des stocks, passant de nombreuses années en recherches et essais pour faire renaître l'art culinaire qui s' opérait dans les cuisines de Topkapı, Edirne et Dolmabahçe.
Et c'est réussi ! En résulte une carte toute composée de mets impériaux, nous faisant voyager de 1453 à 1918 à travers les produits, les épices, les saveurs.
L' Asitane est un restaurant d'hôtel chic et élégant situé dans un quartier ancien, un brin défavorisé mais magnifiquement établi aux côtés de l'une des (si ce n'est la) plus belles et mieux préservées églises byzantine encore debout.
Au rez inférieur de cet hôtel s'ouvre une splendide et rafraîchissante terrasse toute entourée de verdure, peuplée de larges tables espacées recouvertes d'épaisses nappes blanches et simplement dressées, un rien fleuries, qui est bordée par la salle du restaurant blanche et boisée, très raffinée.










Sans attente, je suis pris en charge par des serveurs très aimables et au professionnalisme qui n'est plus à prouver et mené à ma table. De l'eau m'est apportée (j'en serai copieusement abreuvé toute la soirée) ainsi que la carte. Tout a l'air si succulent que le choix est cornélien. Je sélectionne (à grande tristesse) et patiente.

On m'apporte dans un premier temps un excellent pain blanc, un rien brioché et avec une sensible touche de cannelle. Avec cela, un petit concassé de pois chiches très joliment parfumé avec une huile excise d'olive, un rien piquante et bien herbeuse, augmentée de piment concassé et de thym sauvage.



Suit mon choix d'entrées : d'abord une soupe aux amandes épaisse, crémeuse et gourmande à souhait, riche en saveur et juste parfumée d'une note de muscade et de grenade.


Puis un quatuor de petites purées au doux nom de « Douceurs d'Asitane » :
Une quenelle de fèves riches en saveurs simplement augmentées d'aneth et d'huile d'olive.
Une quenelle de yaourt au concombre parfumée d'oignons et un rien de pistache.
Une quenelle au fromage frais sensiblement granuleux, parfumé au poivrons tomate, échalote et persil, avec un rien de romarin.
Enfin une quenelle aux pois chiches augmentées richement de noix et de pignons bien présents, de la cannelle et un petit goût fruité qui s'est avéré être de la groseille.
Ce plat offre une belle variété de saveurs, de couleurs et d'odeurs, c'est frais, parfumé et délicieux.


En plat, j'ai demandé un « Mahmudiyye ». Il s'agit d'un ragoût de poulet mijoté dans un jus garni d'abricots, raisins secs Rezaki et les amandes, le tout richement parfumé de cannelle et de girofle. Ce plat est d'un équilibre en bouche, la viande d'une tendreté, c'est fruité, fin, parfumé ; absolument excellent.


Enfin, pour atterrir en douceur, un dessert s'impose. Le choix reste extrêmement difficile mais sachant que j'adore les cerises qui poussent sous le soleil turc, je me lance pour un dessert au pain, imbibé de sirop de cerise et richement garni de cerises à l'intérieur, le tout couronné d'une quenelle de glace à la vanille tout à fait excellente.


Je n'ai pas fait honneur à la carte des vins, qui pourtant est superbe... Il faisait trop chaud et en solitaire, je n'avais pas autrement envie de trinquer. En plus de l'eau, j'ai dégusté une excellente limonade maison bien acidulée et pas trop sucrée, et un café turc pour le dessert, servis avec deux petits loukoums de bonne qualité.


Le tout pour 81.50 TL, une bouchée de pain au vu des lieux, de la qualité du service et des plats consommés, des années de travail qu'il a fallu pour faire renaître ces mets de palais, pour manger comme un sultan et voyager dans le temps... Bravo !

Les sultans savaient vivre ! Prenez de temps de vous sentir sultan le temps d'une soirée !

Kariye Camii Sokak No:6
34240 Edirnekapı / Istanbul
Région de Marmara, Turquie