dimanche 16 février 2014

Le Ticino, Lausanne

Cela fait un bon moment que j'entends parler du Ticino, à Lausanne, et que je souhaite m'y rendre. Suite à une soirée cinéma, ce sera chose faite ce 8 février 2014.

Difficile d'avoir plus pignon sur rue, droit en face de la gare de Lausanne, le Ticino ne désemplit pas , midi et soir. Admettons que sa notoriété n'est plus à faire et qu'il y a fort peu de restaurants qui, aujourd'hui, peuvent se targuer d'exister depuis plus de trente ans et suivant toujours une même ligne de conduite tant dans sa proposition culinaire que dans sa constance. La foule qui s'y presse semble être un juste tribut à leur qualité.

On constate directement que, malgré une donne pas forcément flatteuse, les propriétaires ont su créer un cadre plutôt agréable. Une petite véranda vient couper le sentiment de proximité avec la route tandis qu'à l'intérieur, de massives poutres de bois, une cheminée et un bar en bois viennent créer une atmosphère originale et chaleureuse.




Les murs sont parfois de plâtre augmentés des blasons des communes tessinoises, tantôt de brique apparentes et dans ce cadre se multiplient de petites tables qui, quoique serrées, sont chaleureuses, joliment dressées, assez confortables et plaisantes. Manquera juste l'intimité, quoique cela soit plutôt le genre de lieux où il y aura toujours un voisin pour rire et parler fort tandis que l'on tentera de parler discrètement.

La faim gronde, voyons la carte. Celle-ci est ma foi plutôt très grande et serait du genre à me rendre méfiant. Naturellement, la position « près de la gare » demande presque obligatoirement de tâcher de plaire au plus grand nombre. Après discussion avec le patron, cette carte, si grande soit-elle, est le résultat d'un choix des clients durant les longues années d'ouverture du Ticino. Cela témoigne d'une belle écoute en tout cas, et pour en avoir vu sortir ce soir-là, tout paraissait fort bien réussi. Des risotti servis dans des seaux en bois, viandes grillées, poissons, fruits de mers, (ces trois derniers sont en quantités moindres à la carte, bon indicateur), et des spécialités tessinoises ainsi que des pierrades à mon sens « comme il faut », à savoir avec la viande à côté de la pierre que l'on cuira à notre rythme. Une certaine attention est observable à la saison et soulignons enfin que le lieu propose des quinzaines à thèmes, en l’occurrence il s'agissait du roesti.

Et pour bien souligner la thématique, voici une corbeille de bon et frais pain tessinois qui nous arrive. Un petit rien qui met dans l'ambiance!


On commence par des entrées simples et légères. Ma convive prendra la bête salade verte ;



Tandis que pour ma part, je commence par une « Salade mêlée » : une simple et plaisante assiette composée de maïs, trévisse, concombre, carotte, tomate, endives, céleri et laitue ; toutes deux propose un assortiment bien frais, juste nappée d'une vinaigrette manifestement maison de fort bon aloi, bien acidulée et rafraîchissante. Cette assiette contient tout ce que l'on peut attendre d'une salade mêlée de bistrot, la fraîcheur, la simplicité et une sauce maison.


Pour la suite, nous puiserons tous deux dans la suggestion de plats typiques tessinois avec le « Coniglio « Lapin » saltado in padella à la moutarde servi avec polenta » : très rare, trop rare de trouver un lapin à la carte d'un restaurant, pourtant une viande délicate et goûteuse, pour autant que l'on fasse l'impasse sur l'affect. Un réchaud nous est amené et la serveuse s'approche avec un grand sautoir à la main, richement rempli ; Ici le lapin est apparemment nappé de moutarde pour ensuite être saisi à la poêle puis déglacé et mis à mijoté dans une sauce de fond brun parfumé d'herbes et riche en moutarde, finalement lié de crème. La portion est généreuse de découpes bien entendu avec os, et dans l'histoire, les stars, ce sont le lapin et la sauce, qui sauront venir à bout des appétits les plus féroces. Et à grande joie car la viande délicate est fort bien cuite, encore tendre (sinon quelques morceaux à peine sur-cuits), et presque fondante, dans cette sauce riche et savoureuse.

A côté, une jolie portion de polenta (interchangeable avec du risotto) ma foi un peu inhabituelle, une recette, aux dires du patron, propre au Ticino (qui, à l'origine, la préparait authentiquement au chaudron sans pourtant recevoir le succès mérité) ; une semoule de maïs assez grossière, fort bien préparée, un poil crémeuse et bien gourmande, accompagnement traditionnel et parfait de ce plat.


Ce plat est un bonheur, simple, un peu rustique, ménager et rassurant, tout en étant différent de la proposition habituelle dans la restauration du coin. On ne regrettera que la flagrante carence en légumes dans ce plat, légumes qui seraient à mon goût bienvenues (simplement revenus à la poêle ou juste blanchis). Avis personnel, le légume est à mon sens une nécessité dans un repas.

Du coin de l'oeil, je repère que la « Tarte du jour » est une tarte au citron. J'adore ce dessert et ne peux y résister. Une tranche des plus généreuse est servie et se suffit à elle-même dans l'assiette. Sur une pâte originalement feuilletée (ce qui n'a rien de désagréable. Au goût, je doute que la pâte fut maison, difficile toutefois de jeter la pierre au chef. Mieux vaut une bonne pâte achetée qu'une pâte maison ratée), un appareil crémeux et onctueux, gourmand, riche et légèrement acidulé, comme on peut attendre d'une tarte au citron. Plus acide ne m'aurait pas dérangé mais elle reste fort bien réalisée.


Côté boissons, nous nous sommes hydratés d'un demi-litre d'Heiniez verte ainsi que d'une carafe d'eau.
En sus, une bouteille de « Merlot del ticino Delea » en désirée, sur conseil de la serveuse qui s'est étonnamment abstenu de le faire goûter. C'est un vin simple au prix assez doux, sans défaut, offrant un plaisir sans splendeur mais très correct. Pour les moins, signalons que le stockage, sur le bar, n'est pas une bonne idée puisque le vin sera bien entendu trop chaud. De plus, mon objectivité m'empêche de ne pas signaler que nous n'avons pas dégusté le vin (la serveuse, sympathique au demeurant, étant sensiblement trop pressée pour faire plus que l'ouvrir et le servir).


Le tout pour le prix raisonnable de 105.80 CHF.

Samedi soir, impossible de ne pas être impressionné par l'endurance et l'efficacité des trois serveur, le patron comptant parmi eux. Les tables s'allignent, les plats aussi et c'est un ballet joyeux et energique qui possède le Ticino.

Pour avoir tant entendu parler du Ticino, je ne sors pas déçu pour deux sous, même avec l'envie d'y retourner pour savourer d'autres mets typiques.

Que cela soit pour un moment en famille, un dîner rapide, entre copains ou en solo, le Ticino est de ces lieux simples et rassurants, de ces vieilles institutions qui ne s'endorment pas sur leur lauriers pour toujours donner le meilleur et maintenir une personnalité et un côté familial, malgré l'emplacement souvent lucratif mais peu flatteur d' « en face de la gare ». J'y retournerai avec plaisir et remercie tout le staff qui s'est montré des plus charmants.

Place de la Gare12
1003 Lausanne
Vaud, Suisse